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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 07:59

Vue aérienne d'un lotissement, en Bourgogne.

Vue aérienne d'un lotissement, en Bourgogne.

 


 


Le paysage français, c'est nous: c'est la possibilité de dire nous, bien au-delà des toutes petites cases de l'identité et d'une essence par nature exclusive, si tant est qu'elle existe, enchaînée à nos «racines», réelles ou imaginaires. Nous, Français. Ce paysage est l'expression physique, charnelle et immédiate, des belles et désuètes abstractions que nous appelons sentiment national et appartenance républicaine.

Qu'advient-il de ce «nous» quand le paysage qui est son miroir ne reflète plus qu'une chose informe et homogène, morne, lisse - globale? Y a-t-il encore lieu de se sentir français devant la zone qui métastase partout sur le territoire, épargnant les seuls centres urbains, mais dévorant hectare après hectare les tissus de la banlieue, les fibres de la campagne profonde?

Un pays sans paysage ne saurait avoir de peuple. Un peuple dont le reflet s'efface derrière le décorum universel du consumérisme et de l'utilitarisme ne peut avoir d'amour-propre, ni de conscience commune. Il est inexorable que, ne sachant plus s'aimer, ce peuple s'abandonne aux consolations narcissiques d'identités de fortune, fabriquées, fantasmées, et se réfugie dans la psychose du communautarisme, indigène ou d'ailleurs.

Qu'advient-il de ce « nous » quand le paysage qui est son miroir ne reflète plus qu'une chose informe et homogène, morne, lisse globale ?

Cet été, sur la route, arrêtez-vous au hasard et regardez la France. Vous y verrez peut-être la beauté du terroir, la prodigieuse richesse de notre pays, richesse tantôt traditionnelle, produit de son histoire, ou richesse contemporaine, signe de sa vivacité.

 

Mais, si vous avez moins de chance, voici ce qui se dressera devant vous: le déjà-vu glauque d'un centre commercial, d'un concessionnaire de voitures, d'une zone d'activités. Ce paysage-là n'est pas français ; il est de partout, et de nulle part. C'est l'anti-paysage des pays qui ont renié la géographie au nom de l'espace efficient, leur singularité au nom d'un anonymat où nul ne se sentira étranger, mais où personne, hélas, ne peut avoir envie se sentir chez soi.

La disparition du paysage est une maladie dont les vieux pays européens ne sont pas sûrs de guérir. Chez nous, elle porte en elle une déstructuration sociologique que Christophe Guilluy a mise en lumière à travers son concept de France périphérique, il y a quelques années déjà. Mais la France dépaysée qui se dessine aujourd'hui sous nos yeux présente des symptômes qui dépassent le fait social, à la fois politiques, écologiques, culturels et architecturaux.

Nous ne sommes pas seulement face aux effets d'un urbanisme négligent, d'une politique d'aménagement qui a renoncé à aménager ; nous assistons, en consommateurs compulsifs et hébétés, à l'atomisation de notre modèle de citoyenneté et à l'avènement d'un individualisme tocquevillien, sans caractère, sans vigueur et sans âme.

Formulons-nous ici un jugement de valeur, fatalement réactionnaire, du beau qui a les moyens contre le laid des fauchés? Bien au contraire: la tension croissante entre les grandes villes où se concentrent culture, dynamisme et richesse, et les non-lieux où s'enfoncent classes moyenne et populaire, c'est à nos yeux le plus grand danger de ce devenir-global du paysage français.

À la métropole, intra muros, les infrastructures dernier cri, le sentiment que tout est accessible, ouvert, les bienfaits de la mondialisation ; au reste du pays toutes ses tares, l'uniformité, la solitude, la fatalité de la fermeture et de l'enclavement. La moitié de la France ne sait plus où elle habite - il y a dans cette dualité territoriale le ferment d'antagonismes qui ne sont pas soutenables.

Nous savons à présent que la bombe pavillonnaire est amorcée. Faudra-t-il attendre qu'elle nous explose au visage pour prendre conscience que la défiguration de notre paysage ne se réduit pas à une calamité esthétique ?

Nous savons à présent que la bombe pavillonnaire est amorcée. Faudra-t-il attendre qu'elle nous explose au visage pour prendre conscience que la défiguration de notre paysage ne se réduit pas à une calamité esthétique? On ne peut, d'un côté, avoir une politique patrimoniale qui pétrifie l'intérieur des grandes villes, Paris en tête, dans un formol muséographique, et, de l'autre, livrer tout ce qui n'a pas de vieilles pierres ou de valeur ajoutée touristique aux forces aveugles du marché. Le Louvre ou le hangar, la carte postale ou le terrain vague: nous refusons cette alternative à laquelle semblent nous condamner les desseins orwelliens de ceux qui ont rêvé une France postindustrielle, tertiaire, virtuelle.

 

Retrouver l'amour de notre paysage, c'est retrouver un peu de ce nous qui brille par son absence à l'heure où le «vivre-ensemble» s'est imposé comme totem républicain, à défaut de régner dans les faits. Sentiment national et amour platonique ne font pas bon ménage: nous ne pouvons nous sentir français sans aimer la réalité physique de la France. Reflet d'une appartenance toujours en mouvement, libérée des chaînes de l'ontologie ethnoculturelle, le paysage français nous promet et nous oblige par sa diversité: il nous promet l'égalité dans nos différences, et il nous oblige à la cohésion.

Il appartient au pouvoir politique, national et local, de ne pas briser ce miroir, sans quoi nous ne serions plus que l'ombre de nous-mêmes, errant comme des âmes en peine à travers les mirages du village mondial, où tout est identique et indiscernable.

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Published by aubetin environnement
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commentaires

habitant 26/10/2014 19:09

C'est sur ce n'est pas un article pour Riester, il est déjà incapable de faire la différence entre un pigeon et une Hirondelle !!!
Dans l'automobile il s'y connait.
Le jour ou vous le verrez marcher, prenez une photo.

verité 21/09/2014 08:18

Les copains du BTP, ils n'habitent pas à la Ferté sous Jouarre?????

briard 17/09/2014 13:17

oui mais il faut bien faire vivre les copains du BTP , faire des culbutes sur le prix des terrains achetés a bas prix etc etc

titi 17/09/2014 06:44

Riester il n'est pas prêt de comprendre, il vit encore avec les vielles idées du 20° siècle, il n'a pas passé le cap du 21° siècle.
Mr Riester il faut changer, stop aux vielles idées ; routes, ZA, ZI, constructions en zone inondable......

habitant de Coulommiers 12/09/2014 20:21

Il va le lire, mais ne va pas écouter.
Le connaissant , il n'écoute que lui !!!
C'est lui qui a toujours raison.
Il vit dans un autre monde le Riester